08 mars 2008
On the road again!
Chers amis lecteurs!
Avant toute chose laissez moi vous dire le plaisir et la joie de vous retrouver autour de cette correspondance qui nous relie apres plus d'un an et demi passe dans la sedentarite en Afghanistan.
Vous l'aurez peut etre remarque, jetant un oeil neuf sur ce blog, j'ai decide de le rebaptiser de "Blog a Pedales" (Un peu tendancieux et communautariste) en "Le Parisien libere", une reference legere et chantante au fameux journal (car apres tout, nous sommes bien ici dans un journal), doublee d'une sous-reference plus profonde a un mythe de Platon ou Paris serait une caverne et le parisien un esclave. (Mais dois je vraiment tout vous expliquer? Vous l'aviez compris bien sur). Toujours est il que j'ai trouve ca bien a propos.
Le theme qui sera aborde cette annee est l'Afrique, l'Afrique de l'Ouest pour etre plus precis ou j'ai pris la decision de retrouver Nicolas, un drole de zouave, soldat de l'ecologie, autour de laquelle il a construit son voyage. Nicolas avait partage notre route le temps d'un aller a Lhassa pendant l'hiver 2006, cette rencontre avait fait germer en lui l'idee et l'ambition de parcourir l'Afrique a velo. Deux ans plus tard, le voici en selle, parti du Cap de Bonne Esperance en Septembre dernier. A l'origine, il comptait faire le voyage avec un handicape moteur, une infirmiere et un jeune delinquant, finalement c'est moi qui l'accompagne, je met un point d'honneur, jour apres jour, a compenser l'absence de ces derniers ;).
Une personne s'est malheureusement rendue indisponible a ce voyage, et elle ne manque pas d'etre evoquee chaque jour par Nicolas et moi dans tout nos bons souvenirs du Tibet. Arnaud a cette fois choisi de voyager seul et dans un autre type de voyage, celui dont on ne revient pas. Apres tout ce que nous avions vecu ensemble en si peu de temps, son souvenir est devenu l'inmanquable compagnon de tous nos voyages. Bon voyage donc
Quant a Nicolas et moi, nous nous retrouvons a Douala, au Cameroun (Je prend le voyage en marche). Nous avons appris avec le temps et l'experience que prevoir un itineraire est inutile, les aleas se chargeront de le tracer comme la houle faconnent ses mouvements sur le sable au fond de l'ocean.
05 octobre 2006
Un mois à Kaboul
16 août 2006
Show me the way to the next whisky bar
Bienvenue en terre d'Islam !! Enfin du boeuf !! et en brochettes en plus ! Et ? Oooohh des kebabs !! Terrible ! MMmmhh ca sent bon ! Ah tiens des naans !? Salam Aleikum Jii !! Combien ? 4 roupies ?? tiens Farzad, je t'en donne 10 !! Arghhl c'est delicieux....
- Mais ? et la biere ???
Ah non desole... on ne sert pas de ca ici...
Bon bon, je sais, certains diront que je ne suis jamais satisfait, mais en realite, c'etait un tel bonheur de retrouver la viande qu'on se passe tres bien d'alcool, c'etait juste un effet de rhetorique chiade pour vous faire comprendre que dans cette republique islamique, l'alcool est officiellement interdit. On ne saurait en dire autant d'ailleurs de la Marijuana, mais ca c'est un chapitre que nous aborderons plus tard hehe...
Donc voila 30 Km de parcourus en Pakistan, et l'on tombe deja sur une des 3 plus grosses villes du pays : Lahore, la capitale culturelle du pays, une tres belle ville, ou l'on aimerait rester plus longtemps...
Bon, j'ai ete un peu flemmard sur les recits, ca viendra plus tard, en fait j'etais surtout impatient de vous montrer ces photos, mais quand meme, je me suis rarement senti aussi a l'aise dans un pays qu'au Pakistan et surtout a Lahore, ou c'est un vrai bonheur de se ballader, et j'utiliserais sans honte ce modeste blog comme une tribune pour crier la gentillesse et l'honnetete des Pakistanais sur lesquels nos medias islamophobes tirent a boulet rouges. yen a marre a la fin...
A Lahore, j'ai eu la chance de tomber dans un ptit hotel dortoir de rien du tout, installe dans un vieil appartement a peine plus jeune que ce pays, mais avec une terrasse et des ventilos quand meme... Et il se trouve que c'est a cet endroit precis que tous les voyageurs du pays se retrouvent. Tout le monde voyage seul, mais par la seule magie de cette terrasse, de son ventilo et de ses chaises en plastique tout le monde devient potes formule garantie en moins de 24h (il y a d'autre facteurs aidant bien sur ;). Les voyageurs passent et restent, tout le monde se communique les bons plans, la piscine, la bibliotheque, le marchand de glace (le meilleur de toute l'Asie et je sais de quoi je parle), food street, pour nous francais, rue de la ripaille, ou les odeurs de kebab de mouton rivalise avec les naans tout chaud sortant du four et les seaux d'Alu gobi...
Et puis Lahore, c'est aussi la mosquee, que vous voyez en photo, et la vieille ville, un dedale de ruelles magiques, a peine plus large que nos epaules, ou gambadent les garnements, ou seche le linge bien sur, ou les mollah rentrent du boulot a velo avec leur longue barbes et leur lunettes sur le nez. Et puis tout le monde est gentil, les commercants nous connaissent bien, surtout le kebab des rues au coin de la rue (rendez vous du soir). Alors bien sur, pour se fondre dans le paysage, plus personne ne se rase, tout le monde va faire un tour chez le tailleur pour se faire prendre les mesures, puis on se fait tailler une Shalwar Kebis. Le vetement le plus agreable que jai pu porter sous ces accablantes chaleurs, c'est un vetement qui ne se sent pas sur la peau.
Et puis un soir, Malik, le taulier de notre gourbis, nous dit, "venez suivez moi", course de rickshaws dans Lahore by night, on arrive dans une rue boueuse, en pleine effervescence malgre l'heure tardive, des etales de patisseries, et autres confiseries de l'Islam et au dessus de la boue, des marches vers lesquelles converge la foule et disparaissent dans les arbres.
On arrive en haut, c'est la petite cour interieur d'une mosquee, une foule entiere est assise par terre, ceux qui n'ont pu s'assoir, s'entassent tout autour sur chaque petite espace dispo et autour des 2 musiciens qui a eux seuls sont l'objet de cette incroyable reunion aux allures de culte aux dieux de la musique, les Sufis.
Pour ceux qui n'en ont pas entendu parler, les Sufis incarnent le courant mystique de l'Islam, recherche Allah dans la transe a travers la musique, la dance, la poesie, et l'amour inconditionnel de Dieu, selfless love en anglais. C'est un des plus beaux visages de l'Islam et qui lui a donne nombre d'artistes. Les derviches tourneurs, par exemple, en Turquie, sont des sufis.
Donc voila, on etait la, assis sur des orteils, au milieu d'une foule, au debut sagement assise, a ecouter 2 hommes debout deja en sueurs, jouant sur des tambours en bandoulieres a 2 faces, qui devaient bien peser 7 a 8 kilos... La fumee montait vers le ciel de toute part comme un petit incendie, tout le monde, literalement tout le monde fumait, et en invite d'honneur que nous etions, toutes ces cigarettes surprise convergaient invariablement vers nous... Certains meme, particulierement zeles nous tendaient leur poing fermes avec 4 joints entre chaque doigts, ce qui fait qu'en placant sa bouche a cote du pouce, on tire sur 12 joints en meme temps. Tout ca fait bien evidemment partie du decor, et de leur culture, comprenons les ces pauvres pakistanais a qui Dieu a dit "Tu ne boiras pas" il faut bien qu'ils rigolent aussi un peu de temps en temps...
Bref, au bout de quelques instants, alors que les percussions continuaient sans cesse et de plus en plus fort depuis deja plus d'une demi heure, les premieres tetes commencerent a s'agiter, de gauche a droite, une, puis deux, puis dix, comme une crise d'epilepsie generale, tout le monde secouait sa tete frenetiquement et sans repos. Puis deux ou trois personnes se leverent pour danser toujours de cette meme facon, en secouant la tete frenetiquement et sans la moindre pause pendant plus d'une heure et demie ! Le tout sous les cris enthousiastes et a l'unisson de toute l'assistance. Ils frapperent leur tambour sans s'arreter de 23h a 2h sous la chaleur accablante des nuits pendjabi. Un jeune garcon passait la serviette par moment sur leur visage pour leur permettre de continuer a voir. Et comme si tout ca ne suffisait pas, c'est sur la fin que tout s'est emballe, un des deux percussionistes objectivement a cheval entre deux mondes (peut etre celui des 70 vierges, ca ferait sens) se mit a hurler en jouant, toujours suivi par l'assistance, puis a tourner tout en continuant de jouer, puis a tourner et tourner, en accelerant le rythme, puis a tourner tellement que son tambour, porte par la force centrifuge s'elevait au niveau de ses epaules, tendu a l'autre bout de la bandouliere, on voyait le sufis dans sa Shalwar en train de voler au dessus de nous, visiblement absent, et nous meme, on peut le dire, on etait sur le depart pour l'autre monde... Une experience qui laisse totalement desempare, oublie le voyage, le pakistan, les gens, et tout ce qu'ont avait vecu avant...
Voila ce qu'etait Lahore pour nous
il a fallu quelques jours pour s'en remettre
Une bonne semaine plus tard, je suis parti pour Islamabad, rendez vous avec un contact francais, qui vivait la bas, le cousin par alliance de mon pere, l'ambassadeur de France au Pakistan.
J'arrive en velo dans Islamabad vers 21h, je trouve sans trop de difficulte l'enclave diplomatique, un gigantesque compound entoure de palissades dans lequel se trouve toutes les ambassades et residences diplomatiques. Avec mon passeport francais, je passe le checkpoint sans difficultes, en route pour l'Ambassade de France et son garde de securite qui doit m'indiquer le chemin de la residence de l'ambassadeur.
Juillet Aout, c'est la pleine mousson au Pakistan, et ici, quand ce ne sont pas des glissement de terrains ce sont de veritables rivieres qui traversent la route par endroits, sans parler de la boue omnipresente, autant dire que j'avais pris cher sur le chemin. J'arrive boueux et suant de la tete aux pieds, sous mon chapeau de cuir, la camel au coin des levres : "Bonjour gendarme, l'ambassadeur s'il vous plait !". Sa clope a lui est tombee de sa bouche ! j'etais tout content de mon effet :). 20 minutes plus tard, j'entrais dans un petit palace, une immense maison, entierement climatisee, 13 personnels de maison, et un maitre d'hotel, un diner m'attendait, du vin du fromage, et l'agreable retrouvaille avec Regis de Bellenet, qui, 11 mois auparavant, lors du mariage de mon frere, m'avait donne rendez vous ici. Mon court sejour la bas, fut plus qu'appreciable, j'en profitais pour reprendre des forces, discuter et decouvrir le Pakistan par l'intermediaire de l'ambassadeur, ainsi que le monde de la diplomatie. J'eus meme droit a une petite reception de l'Ambassadeur, non pas en mon honneur, mais en celui de la seconde de l'Ambassade qui recevait l'ordre du merite. Ce qui me permit d'ajouter au plaisir de redecouvrir le vin, celui de gouter aussi le champagne :)
Ensemble avec l'ambassadeur, nous sommes partis visiter un dimanche apres midi, le site archeologique de Taxila, ou l'armee d'Alexandre avait longuement sejourne quelques 2300 ans auparavant, decouvrant sur ce territoire si loin de nos propres terres le mixage de l'art grecque et de la culture bouddhiste, des buddahs debout en toge avec des cheveux boucles ! Des pieces frappes a l'efigie d'Alexandre. Absolument fascienant. Et sans porter le discredit sur l'excellent chef cuisinier de la residence, je suis egalement alle manger des sushis au Maryott Hotel ! Un sejour de tout repos et bien agreable.
Il m'en fallu du courage pour quitter cet endroit au bout de 3 jours, et sur mon velo, de pedaler vers Peshawar, la derniere grosse ville avant l'Afghanistan. Sur tout mon parcours, les pakistanais se sont montres admirables, accueillants, admiratifs, genereux, un vrai bonheur. Apres une nuit sur un lit de cordes au bord de la route, j'atteignais le lendemain matin la ville de Peshawar, un veritable enfer de chaleur, d'embouteillages, et de gaz d'echappement, j'ai du y raccourcir mon esperance de vie d'une bonne douzaine de mois :)
L'indus
A Peshawar, accable par la chaleur, je suis reste 3 jours, sans faire autre chose qu'occuper le canape sous le ventilo, et allez manger des glaces, le temps, egalement, d'obtenir mon visa afghan, et la permission de traverser les zones tribales qui entourent la ville jusqu'a la Khyber Pass.
Les bus au pakistan
Le jour de la priere a Peshawar, on met des tapis sur la route
15 août 2006
La fin de l'inde
Il etait temps d'en sortir de ce pays et en meme temps, comme bcp de gens rencontres me l'avaient predit, l'inde fut une "mind opening experience", c'est le moins qu'on puisse dire... mais je me suis suffisamment etendu sur mes peripeties, il est temps de partir, partir pour Amritsar, le sanctuaire, le saint des saint des sikhs, la derniere ville avant le Pakistan...
Le majestueux temple d'or d'Amritsar
Le sikhisme, c'est une religion interessante, prise en etau entre l'hindouisme et l'islam, les sikhs ont longtemps eu a defendre leur petit lopin de religion et sont reputes pour etre de redoutables guerriers, mais surtout des hommes d'une indefectible honnetete, ce que j'ai constate avec beaucoup de plaisirs, ils m'ont tres souvent aides. Quand on y pense, c'est une religion amusante aussi, on pourrait la voir, comme la seule religion ou ce sont les hommes qui doivent porter le voile, le turban pour etre plus precis, ce qui est autrement plus complexe qu'un tchador. Et dessous, du sacre, des cheveux, des cheveux tellement sacres qu'ils ne peuvent les couper, ca serait une atteinte a l'image que Dieu nous a donne.
Amritsar, c'est la ville berceau de leur religion, et le temple d'or, leur vatican, a l'image de leur religion, c'est un lieu ouvert a toutes les autres religions, a tous les etrangers, tout le monde sans aucune distinction peut y trouver gratuitement un lit, et de quoi manger, ca impose une certaine infrastructure, mais c'est une grande ambiance de communion ou tout le monde vous acceuille a bras ouvert.
Alors me voila, trimballant mon velo, cherchant refuge chez les sikhs, une experience amusante, mais lorsqu'on penetre sur le marbre qui entoure le temple, c'est une incroyable serenite qui nous envahit, un endroit propre, calme, heureux et receuilli. Une foule de pelerins fait la queue pour entrer dans le temple et tout autour, les hommes se baignent dans l'etang qui entoure le temple d'or. C'est un lieu qu'on y retourne pour gouter cette serenite, on pourrait s'y poser des heures a regarder passer, prier, parler les gens, on y trouve quelque chose, probablement etait-ce l'ambition de Sri Nanak le fondateur de cette religion.
Les cuisines et les seaux de lentilles
La fameuse machine a faire des chapatis ! (rendement record de 65 chapatis a la minute) un don d'un sikh qui a fait fortune aux US
Je suis donc reste 2 jours la bas, a gouter ce calme, qui detonne tellement du reste de l'Inde, et meme tout simplement du reste d'Amritsar. Un fait amusant, il est bien sur interdit de fumer dans l'enceinte du temple d'or au sens large (etang inclus) mais egalement dans un rayon de 500 m dans la ville autour du temple, c'est une vraie trotte chaque fois qu'on veut allumer une cigarette !
Rasserene donc, j'ai renfourche mon velo, direction la frontiere, a 30 km de la. Arrive en fin de journee, j'ai pu assister a la fermeture du poste de douane. Anodin dites vous ? pas si sur ! Depuis que la partition, depuis que le Pakistan existe, depuis 50 ans, la fermeture de ce poste frontiere c'est un veritable spectacle de parade militaire qui consiste a fermer son poste avec plus de panache que le maudit voisin indien ! Et c'est un spectacle totalement ahurissant, un spectacle a vrai dire qu'on y a installe des gradins tout autour pour que les gens puissent venir voir et juger par eux meme du panache de leur militaire aux cris de " Pakistan Zindabad !!" d'un cote, et d'"Hindustan Zindabad" de l'autre bien sur... De chaque cote de la frontiere, les soldats de souplesse et de force dans la voix pour faire abaisser leur drapeau. Les principaux criteres sont la voix de l'officier commandeur, (un vrai baryton !), le bruit du talon sur le sol, le toucher du tibia et du front au lever de la jambe, et le pas de danse (petit quadrille) a l'approche du drapeau ! Vraiment un spectacle amusant.
En allant vers la frontiere...
Et de l'autre cote...
En attendant l'ouverture des "hostilites" la foule de chaque cote peut ecouter ses chansons preferee a la gloire du pakistan, sur des airs un peu " Pakistan, mon Pakistan, terre natale, mon pays bien aime" et de l'autre cote, une espece de techno distordue qui fait se contorsionner (de danse?) les indiens au beau milieu de la route en une espece de mini rave de fin d'apres midi, un drole de temoignage patriotique. Les films que j'ai fait rendent bien plus que ces quelques photos, malheureusement c'est une autre histoire de les envoyer par internet... Un spectacle tel que j'y suis retourne 2 fois !
Cote pakistanais, alors que la route est fermee au civil a l'approche de la fermeture, que les femmes sont disposees d'un cote de la route et les hommes de l'autres, seul un petit vieillard, fervant patriote, est autorise a courir dans tous les sens avec son drapeau et a faire crier la foule au point d'en perdre sa propre voix. A en juger par son age et son aisance dans ce spectacle on jurerait qu'il est ici tous les soirs depuis la partition inde pakistan, qu'en fait le trace de la frontiere a ete dessine sur sa ferme, qu'en bon musulman il a su choisir son cote, et que depuis il chauffe les foules tous les soirs !
N'hesitons pas a dire que de son visage emane tout son petit charisme de vieillard, cette photo a elle seule suffit a vous faire percevoir le son de voix ecorchee
Precisons que de chaque cote, on crie a la gloire de son pays et non a la haine de son voisin, et qu'en 50 ans, si nombre de guerres et d'escarmouches ont eu lieu entre les deux freres ennemis, ca ne s'est jamais produit a cette frontiere.
C'est sur cette note (qui m'a tout de suite fait aimer le Pakistan) que j'entamais mes 30 premiers km dans le pays, jusqu'a Lahore... Une ville dont j'ignorais encore tout et qui fut mon etape preferee dans ce court sejour pakistanais...
Pakistan Zindabad
18 juillet 2006
Une bonne entrecote...
Les Chinois avaient leur grande coutume du mollard, les Indiens l'ont aussi (dieu merci) mais en plus ici, on a la vache sacree
Bientot 3 mois que j'ai pas mange de boeuf... vous vous rendez compte ?? non bien sur, vous en avez tous les jours dans votre assiette !
Moi j'en ai tous les jours dans la rue ! et pas le droit de leur prelever une cote ou un rognon... Et quand je me ballade en Inde, c'est Tantale qui me tient le bras a tous les coins de rues, bien qu'elles puent, bien qu'elles bousent, bien qu'elles bouffent des ordures, j'ai envie d'un steak....
Une Vache Sacree...
Est ce que ces deux mots, deja, ont vraiment vocation a s'assembler ? Hein ? franchement... Quand on y reflechit un peu, une vaaaache....
Non mais franchement...
Et quand on pense a tout ce qu'on fait avec une vache: des vacheries, une peau de vache, un coup de vache, on voudrait que tout ca soit sacre ??
Une vache qui vient pisser tous les matins devant la boutique, c'est autre chose qu'une crotte de chien, vous pouvez me croire...
Et la mairie de Paris qui vend des ptits sacs plastiques pour ramasser les crottes sur le trottoir... vraiment on est loin de tout ca...
C'est peut etre aussi pour ca que de nombreux exegetes et autres explorateurs de l'Asie se plaisent a appeler l'inde "la fosse sceptique de l'Asie" ? Ca expliquerait bien des choses... (et bien des odeurs) et ca expliquerait notamment peut etre cet autre nom de "Sous-continent".
Mais cessons les sarcasmes et revenons a nos bovins
Pourquoi le culte de la vache, commun à toutes les civilisations de l'antiquité notamment méditerranéennes (Apis chez les Égyptiens, le Minotaure et Io chez les Grecs), a-t-il perduré en Inde ? Pour les hindous, elle symbolise la vie, elle est celle que Krishna protège. Dans les campagnes la vache est considérée comme un membre de la famille et la naissance d'un veau est fêtée comme celle d'un enfant.
L’attachement des indiens à cet animal remonte aux premiers vedas (livres de la connaissance) plusieurs siècles avant notre ère. Déjà les brahmanes lui reconnaissaient de multiples avantages…Très doué, il propose pas moins de 5 éléments essentiels à la purification. Le lait et ses dérivés, lait caillé et beurre, l’urine et la bouse, bien entendu. Au delà de ces simples avantages prodigués en quantite surabondante... il symbolisait la richesse et le statut social.
La mère vache (GAU-MATA), pièce essentielle dans l’économie rurale… monnaie d’échange, productrice de lait, de services, elle s’inscrit comme naturellement indispensable à tous les échelons dans le quotidien de la société indienne. Véritable « vache à lait », les indiens lui en demande toujours plus, élargissant ses capacités jusqu’à l’épuisement…Selon les rites en vigueur, le propriétaire d’un cheptel doit sacrifier à un certain nombres de traditions, très contraignantes, dans la mesure ou la vache viendrait à mourir à la maison. Un pèlerinage long et fastidieux comprenant une fête à l’intention des brahmanes du village ou du quartier. Afin de s’éviter de telles dépenses, le fermier (entrepreneur rationnel et egoiste) libère son outil de travail en fin de vie, le laissant errer à son gré dans les rues. (Et c'est la !!! cher lecteur, que toute l'intrigue se demele ! vous avez compris?). Enormissime egoisme du vacher, qui nous envoie ses vaches grabateres faire caca sur nos trottoirs...! Une technique d’autant plus pratiquée, que le bovin s'est trouve une mission plaisante… Eboueur. Livré à lui même, il contribue d'un cote à l’ assainissement de la voirie , se nourrissant de tout ce qui est impropre à la consommation humaine… (L'idee serait interessante si toute cette nourriture s'arretait dans l'estomac) Les dépotoirs lui servent de refuge et de garde manger, ruminant papiers, sacs plastiques, déchets oragniques et autres rebuts. Il est tout a fait courant par ailleurs de voir le vacher lâcher son cheptel quelques heures durant, au cœur même de la décharge du coin, jamais très éloignée… Un complément gratuit au repas du soir qui ravit toute la famille...
Alors pourquoi ? je vous le demande...
Pourquoi j'ai toujours pas eu mon steak ??
Ma reponse ?
Vivement le Pakistan...
Article ecrit sur une fringale...
La prochaine fois nous traiterons du porc, lui, on le bouffe pas non plus, mais pas de bol, il est pas sacre, il est "impur"...
16 juillet 2006
Ladakh et Cachemire
Voici quelques belles images qui relatent ma tournee dans l'Himalaya indienne, encore une fois je n'etais pas en velo, (il va vraiment falloir que je m'y remette), mais j'avais la chance d'avoir ete rejoint par une amie de France, Marie, que je n'avais pas vu depuis 1 an et demi.
Le voyage se deroule sur la route la plus haute du monde, on rejoint les montagnes a Manali (2000m), et de la on grimpe jusqu'a 5300m, sur des routes a faire palir de beaute et de vertiges. Un bitume specialement concu pour vous tenir en eveil, pour que vous puissiez admirer la longue route de 22h sans arriver a dormir...
Donc tout commence pour nous, juste au dessus de Manali, a Vashisht, variante un peu plus calme que Manali, et avec des sources chaudes...
On est reste la bas jusqu'au soir de France Bresil, coincidence qui nous a permis de faire un depart sous les applaudissements de tout le bar a 2h30 du matin (decalage horaire oblige) et monter avec 9 autres personnes dans la jeep pour Leh...
Donc oui, la route etait belle, superbe meme !! mais tout de meme, a 11 dans une jeep pendant 22h, et la route... une vraie pub pour orangina....(il faut secouer...)
Quelques jours a Leh, nous n'en avions pas beaucoup au total, et nous voila parti en bus pour 2 jours jusqu'a Srinagar, la capital du Cachemire dont on entend tellement de bien, et tellement d'horreurs. (il y a quelques jours encore...)
Kashmeer ! Ecrit comme ca, c'est une laine soyeuse, un produit de luxe que les femmes s'arrachent a travers le monde. Et Cachemire, ecrit de cette facon, c'est un desert montagneux et explosif, une des regions les plus chaudes de la planete (aux 2 sens du terme) en proie a l'insurrection depuis au moins 17 ans, et dechiree entre deux etats depuis plus de 50 ans.
C'est justement ici que nous avons trouve le paradis !
Franchement Srinagar est une des plus belles etapes que j'ai pu faire en Inde, il faut avoir un peu de patience pour atteindre cette ville, loin de tout, et barricadee de multiples controles de securite, mais ca vaut le coup de rester la bas quelques jours, tout en connaissant la mentalite kashmiri bien sur ;)
- Rule number One : les kashmiris sont vos meilleurs amis
- Rule number two : les kashmiris ne mentent jamais
a la Rule number three : vous faites deja partie de la famille
- Rule number four : les kashmiris vivent dans le plus belle endroit du monde, et font le meilleur hasch
- Rule number five : "mon ami fait les plus beaux bijoux du monde, il va venir vous les montrer"
- Rule number six : "mon cousin est le meilleur tisserand du cachemire, il va venir vous montrer ses chales"
- Rule number seven : "Mon fils, mon frere, mon meilleur ami, il faudrait que tu payes 900 roupettes pour le taxi"
- Rule number eight : les kashmiris ne vous lachent pas la grappe comme ca...
Mais tout de meme quel endroit divin, et puis quel plaisir de retrouver le muezzin chanter a toutes les heures du jour et de la nuit, sous cette chaleur etouffante
Srinagar, c'est a la fois l'enfer et le paradis, l'enfer parce que c'est sur cette ville que se concentrent toutes les tensions entre l'inde et le pakistan, et certains fauteurs de troubles se plaisent a jeter des grenades dans les bus de touristes, ce qui fait qu'on est pas tres nombreux ici. Le paradis, parce que cette ville est en realite un lac, et tout le monde habite sur de grands bateaux de bois qui ont un peu la forme de peniche en plus haut. Tous les bateaux sont stationnes de sorte qu'ils ne naviguent pas, et nombreux se sont construit des petites terrasses en bois a cote, sur lesquelles viennent s'accrocher les nenuphars et les lotus, le lac est immense et on le parcours en pirogue, il y a les bateaux epiceries, les bateaux taxis, les bateaux restaus et les bateaux "je-vends-du-Cachemire". Comme on peut l'imaginer, c'est un lieu assez romantique, plus calme et plus vert que Venise, plus chaud que Bruges, et tout construit de bois. Le soir venu, allonges sur le toit des bateaux (quand on a un antimoustique), c'est un moment delicieux. Et dans tout ca, il ne faudrait pas omettre le marche flottant a 5h du matin, reunion de je-ne-sais-combien de pirogues, remplies de navets, de comcombres, de tomates, et autres courges, et ca papote, ca negocie, ca pese, ca s'arrose, dans tous les sens ;)
Maintenant je suis rentre a Delhi, avant derniere etape avant le pakistan, et malgre toutes les beautes que vous pouvez voir dans ce blog, ce que j'en retire moi de ce pays, c'est que j'y aurais vraiment appris une forme de sagesse et de patience, dans la capacite a ne plus transformer les problemes et les (longs) imprevus, les simplicites qui prennent des heures, des journees entieres, a ne plus les transformer en deceptions, et a adopter la resignation et l'acceptation, regarder passer les voitures et attendre...
Apres tout, les pannes c'est mieux que les accidents, les mouches, c'est mieux que les moustiques, les dhiarrees c'est mieux que les vomissements, et les indiens, c'est mieux que de n'avoir personne pour aider (celui la je l'ai pas encore trop assimile ;) et la cigarette, ca evite bien des coups de sang !. Le temps c'est pas ce qui manque, alors on attend, on a le temps.
12 juillet 2006
Pourquoi Dieu est ici et pas la
Une vieille légende hindoue raconte qu’il y eut un temps où tous les hommes étaient des dieux. Mais ils abusèrent tellement de leur divinité que Brahma, le maître des dieux, décida de leur ôter le pouvoir divin et de le cacher à un endroit où il leur serait impossible de le retrouver. Le grand problème fut donc de lui trouver une cachette.
Lorsque les dieux mineurs furent convoqués à un conseil pour résoudre ce problème, ils proposèrent ceci : "Enterrons la divinité de l’homme dans la terre." Mais Brahma répondit : "Non, cela ne suffit pas, car l’homme creusera et la trouvera."
Alors les dieux répliquèrent : "Dans ce cas, jetons la divinité dans le plus profond des océans."
Mais Brahma répondit à nouveau : "Non, car tôt ou tard, l’homme explorera les profondeurs de tous les océans, et il est certain qu’un jour, il la trouvera et la remontera à la surface."
Alors les dieux mineurs conclurent : "Nous ne savons pas où la cacher car il ne semble pas exister sur terre ou dans la mer d’endroit que l’homme ne puisse atteindre un jour."
Alors Brahma dit : "Voici ce que nous ferons de la divinité de l’homme : nous la cacherons au plus profond de lui-même, car c’est le seul endroit où il ne pensera jamais à chercher."
Depuis ce temps-là, conclut la légende, l’homme a fait le tour de la terre, il a exploré, escaladé, plongé et creusé, à la recherche de quelque chose qui se trouve en lui.
26 juin 2006
Sur les rives de Mother Ganga
Temporairement je n'ai plus de pedales, mais j'ai encore 2 roues ! Le temps de mon ptit sejour en Inde j'ai craque pour la Enfield Bullet 350, modele 1982. Ca n'est pas de tout repos sur les routes indiennes, mais tout de meme, le ptit cote Easy Rider ne me deplait pas :) 
Je slalome entre les vaches sacrees en chantant:
Like a true nature's child
We were born, born to be wild
We can climb so high
I never wanna die
BORN TO BE WIIIIIIILD ! BORN TO BE WIIIILLD !!!
(Musique d'Easy Rider, NDLR)
Et pour ma premiere sortie a moto en Inde, je me suis dit que j'allais remonter le gange, jusqu'a sa source, un des pelerinages les plus sacres de l'Hinduisme. Ce periple commence par la ville sainte d'Haridwar, et sa quotidienne ceremonie d'ablutions et de lacher de bougies, un rassemblement qui a lieu tous les soirs sur les bords du fleuve sacre depuis plus de 500 ans.
La legende raconte qu'il y a bien longtemps, les dieux Hindous etaient affaiblis par une malediction. Pour s'en debarrasser, ils ont decide d'utiliser le pouvoir des demons pour chercher dans l'ocean de l'existence, le nectar de l'immortalite. Lorsque ceux ci le trouverent, ils le stockerent dans une grande jarre, et deciderent de ne pas le partager avec les demons. S'en suivi une guerre sans merci entre dieux et demons qui dura 12 ans, et au cours de laquelle la jarre, dans le tumulte, perdit 4 gouttes de son nectar, chacune de ces gouttes a donne naissance a une ville sacree, Haridwar, Ujjain, Prayag (Allahabad) et Nashik. Ainsi tous les 12 ans, a lieu dans une de ces 4 villes le festival de Khumbha Mela ("la grande jarre") qui reunit plus de 10 millions d'hindus et des armees de Sadhus. C'est un des plus gros festivals dans le monde.
La ville d'Haridwar fut particulierement impressionante, lorsqu'on arrive en Inde en tant qu'europeen, on finit par s'habituer a etre constamment sollicite, helle, appele, harcele, aborde, j'en passe et des meilleures... mais dans Haridwar, pas un indien qui semble remarquer ma presence dans l'affluence. Toute la foule semble etre aveugle et entierement devouee a ses activites de prieres, et nous autres touristes devenions totalement invisibles. (De toute facon, des touristes il y en avait bien peu)
Ici quelques boutiques ou les pelerins du gange viennent acheter de quoi s'attirer la bonne fortune du fleuve sacre
Et la, les sadhus qui ne font rien d'autre que rien foutre, et prier dans les lieux sacres
Mais laissons Haridwar et remontons plus haut encore sur le fleuve, nous sommes maintenant a 3000m d'altitude, a quelques 20 km de la source du gange, dans la ptite ville mono-ruelle de Gangotri. Ici encore, la legende raconte que c'est Bagirath, descendant du Roi Sagara, qui aurait cree le Gange, le fleuve coulait sur ses pas, jusqu'au lieu de repos de ses ancetres, dont l'eau sacree libera les ames
Ici toutes les familles indiennes venues en pelerinages font leur dernieres emplettes avant d'entamer la marche, et notamment (tres important !) un petit bidon pour rapporter un echantillon d'eau de la source a la maison.
De mon cote, parti en solitaire, je ne tardais pas a rencontrer un americain, Rod, du New Hampshire, un type sympa et severement critique a l'egard de son pays, le genre que nous autres francais on aime bien ;). Puis quelques centaines de metres plus loin, on a rencontre 3 coreennes, le groupe etait forme. Voici tout le monde sur la photo de groupe, au ptit matin.
Donc on se met en route
(Certaines images se passent de commentaires bien entendu...)
Un groupe de potes indien, en route vers la source
Des pelerins a cheval
Le soir, on a trouve a 3900m un ashram, sorte d'auberge et de lieu de priere a la fois dans laquelle apres la priere on boit une goutte de l'eau du fleuve sacre, avant de se faire servir le thali dans un sceau en chantant pendant 5 min "Sri Ram, Jay Ram, JayJay Raaaam" et ensuite tout le monde attaque la bouffe en meme temps.
Une porte a l'ashram
Un pote a l'ashram
Etant a quelques km a peine de la frontiere chinoise, on a croise quelques militaires en exercice, qui se sont joyeusement livre a notre ptite seance photo
Un sadhu, en route pour la source...
Le lieu de priere aux abords de la source
Et enfin voici la source, ca parait un peu etrange, mais en realite, le mur qu'on voit en face, c'est un glacier qui remplit la vallee sur plusieurs km de long, et dont la fonte, au fond de la vallee s'accumule en une eau vive et sort a plein debit par cet endroit qu'on appelle Gaumukh, "la bouche de la vache" (sacree).
Mais nous n'avions pas decide de nous arreter la comme beaucoup d'indien, quelques 600m plus haut sur la droite se trouve Tapovan, un petit plateau vert ou un Sadhu, Shimlababa, medite parait il depuis plus de 25 ans, a 4500m d'altitude.
Donc pour monter la haut, nous avons employe les services d'un guide, dont jme souviens plus du nom qui etait un peu trop complique, mais heureusement, on a une photo !
Nous voici en haut de Tapovan
On y rencontre un peu de faune
Et Shimlababa, qui nous a prepare une Tsampa au sucre, un vrai vomitif, que nous avons avale avec le sourire
Et puis encore 2 ou 3 autres jolis photos
24 mai 2006
Citations et incitations au voyage
Comme promis, voici tout plein de petites citations en vrac glanees ici et la sur les bienfaits de l'action,de la vie, du velo, des voyages...
"Un homme est riche de tout ce dont il peut se passer." H.D. Thoreau
"Si une idée ne paraît pas d'abord absurde, alors il n'y a aucun espoir qu'elle devienne quelque chose." Albert Einstein
"Qui veut faire quelque chose trouve un moyen ; qui ne veut rien faire trouve une excuse." Proverbe arabe
"L'important ce n'est pas d'arriver, c'est de partir." Jules Vernes
"A paris en velo, on depasse les autos." Joe Dassin
"Il ne faut pas chercher à rajouter des années à sa vie, mais plutôt essayer de rajouter de la vie à ses années." John F. Kennedy
"A velo, dans Paris, on depasse les taxis" Joe Dassin
"La vie se rétracte ou se dilate à proportion de notre courage." Anaïs Nin
"Voyage voyage
Plus loin que la nuit et le jour
Voyage voyage
Dans l'espace inoui de l'amour
Voyage voyage
Sur l'eau sacree d'un fleuve indien
Voyage voyage
Et jamais ne reviens" Desireless
"Quoi que vous pensiez ou croyiez pouvoir faire, faites-le. L'action porte en elle la magie, la grâce et le pouvoir." Goethe
"I want to ride my bicycle" Freddy Mercury
"Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas a prouver qu'il se suffit a lui meme. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientot, c'est le voyage qui vous fait, ou vous defait." Nicolas Bouvier
"Laissez-vous guider par votre rêve, même si vous devez momentanément le mettre de côté pour trouver un emploi ou payer votre loyer. Et restez toujours ouvert aux opportunités de sortir du cadre pour mener la vie et faire les choses qui vous inspirent profondément, n'ayez pas peur !" Jane Goodall
"Qui m'aime, me suive !" Clement Tesniere
Tout cela ne fait il pas un peu reflechir ? voici un lien vers des billets d'avions pas chers :)
10 mai 2006
La fin du Nepal
Nous pouvons aujourdhui prendre le temps de raconter (enfin) un peu comment s'est passe le depart de Katmandou, et la route jusqu'a Pokhara puis Sunauli (la frontiere indienne). Comme on le sait donc, c'est avec une certaine douleur que j'ai reussi a grimper le col, qui nous fait sortir de la vallee katmandouse.
Voyez un peu comme c'est beau et comme ca ne donne pas envie de partir...
Un point positif pourtant, avec les troubles que connaissait le Nepal a cette epoque, la circulation toute entiere dans le pays etait paralysee (essayez d'imaginer la france sans un seul vehicule sur les routes) et a part quelques courageux pietons de ci de la, la voie etait totalement libre. Malheureusement avec la manie qu'on a de voir tout en noir dans ces moments de deprime, je trouvais ce vide particulierement angoissant et desagreable ! Mais qu'importe, l'ambiance restait globalement agreable sur les routes, les nepalais sont particulierement fort dans l'art de faire contre mauvaise fortune bon coeur et tous ces marcheurs contraints de parcourir a pied les 200 km de Pokhara a Katmandou savaient me remonter le moral par leurs chaleureuses harangues.
De temps a autre, le calme etonnant des routes etait rompu par quelques coups de feu dans la vallee...
Arrive a Pokhara, la situation etait la meme qu'a Katmandou, couvre feu, boutiques fermees, drole d'ambiance. Alors je ne suis pas reste la bas plus de 2 jours et j'ai continue ma route cette fois ci tout au sud vers le terrail, cette plaine nepalaise qui fait la jonction avec l'inde. En chemin, sur les routes desertes, je vois apparaitre au loin deux petits bolides profiles, dont les formes singulieres m'intriguent, essayant d'essuyer la sueur dans mes yeux pour y voir plus clair, j'apercois alors ces engins futuristes que sont les velos couches ! Un couple de Francais justement, Annabelle et Sebastien, (www.sebanna.com) partis de Caen depuis plus d'un an et atteignant avec le Nepal la fin de leur periple. Mais ne faisons pas durer le suspens plus longtemps, voici a quoi ressemble un velo couche
Observez le confort de la position, et particulierement la presence du petit coussinet en haut du fauteuil qui fait office d'appui tete, oui ! c'est comme dans une auto ! En revanche, ca a peut etre 2 roues, une chaine et un pedalier, mais ca n'a rien a voir avec le velo, je vous le dis pour avoir essaye, ca necessite un complet reapprentissage, et pour les plus maladroits, probablement le retour aux petites roulettes laterales de notre enfance !
Notre rencontre etait assez etrange, au milieu d'une route, en fin de journee, dans la montagne, on aurait bien voulu boire un verre ensemble ou prendre le temps de partager nos experiences, mais la pluie arrivait et l'on ne s'est guere parle qu'un quart d'heure... (notez que j'ai quand meme reussi a recuperer leur site internet)
Chacun a donc continue sa route, eux vers pokhara, et moi vers un petit patelin paume, ou seul le directeur de l'ecole parlait anglais, et prenait plaisir a me raconter la revolution francaise pour me montrer son erudition. Un type charmant neanmoins. Cette nuit la, j'ai encore dormi dans un placard apres avoir mange un Dalbat a la bougie. Le lendemain : objectif Inde, je me mets en route au lever du jour vers 7h du matin, et trouve sans peine un bon rythme pour remonter les 700m de deniveles qui me separent du dernier col avant le terrail. C'est a ce moment la que j'apprecie le plus l'absence de circulation, dans le soleil levant, seul au milieu de cette jungle montagneuse, l'effort est plaisant, autant que la perspective de retrouver mes parents a mon arrivee en Inde. Parvenu en haut, j'entame, malgre les nombreux obstacles poses sur la route par les maoistes (arbres abattus, rochers) une descente facon Alain Prost, ou plutot Ayrton Sena, pour vous laisser un peu mieux deviner la suite :)
Dans un virage vicieux survient un nepalais a velo lui aussi, en sens inverse, et tout autant charge que moi (au moins) puisqu'il convoyait son epouse en amazone. Nous ne sumes nous eviter, et il finit par percuter ma roue arriere, sans pour autant que nous soyons, ni l'un ni l'autre ejectes, on a juste mange quelques cailloux sur le moment. On se remet sur pied, on s'excuse avec le plus de courtoisie possible et chacun reprend sa route. Mais lorsque je redresse mon velo, la roue arriere apparait presque en forme de 8 !! Absolument impossible de continuer sur cette lancee, il faut se mettre a marcher... a 50 km de la frontiere, l'Inde semble soudainement si loin et sur le point de m'echapper...
Tout en ayant quelques difficultes (avouons-le) a cacher mon amertume aux villageois que je rencontre, j'essaie de bricoler avec eux un systeme D pour continuer a rouler mais il n'y a rien a faire la roue est plus que voilee, elle est foutue. Leurs chaleureuses harangues me contrarient maintenant et j'essaie de me mettre a l'ecart pour ronger mon frein, assis au fond d'un bouiboui de montagne.
Quelques heures plus tard, passent les premiers rickshaws disponibles, et le mari de la tauliere me suggere fortement d'en profiter. De mon cote, rien que par mon caractere de cochon, je ne me voyais pas lui sourire en lui disant "oui, ca c'est une excellente idee !" et puis je voyais encore moins comment charger un velo, 4 sacoches, une tente, et un francais pas malingre sur une banquette de 50 cm...
mais je dus me resoudre, car c'etait reellement la seule solution (je rappelle qu'absolument aucun vehicule motorise ne circulait en ce temps sur les routes). Voici comment ils m'aiderent a continuer ma route
Comme d'habitude, ce genre d'evenement attire la curiosite du village, mais les bras n'etaient pas de trop pour charger tout ce barda. Et voici ma trogne, quelques minutes apres notre depart...
Ca donne pas trop envie de me parler...
Bref, voici comment s'est termine l'apres midi, shanti shanti, comme on dit par ici, c'est a dire tranquiiiiiiillle, sur les 50 derniers kms.
Arrive a la frontiere indienne avec mon epave de velo, je n'ai aucune difficulte a trouver un bus pour m'amener a Gorakhpur, la premiere ville un peu grosse, d'ou l'on peut trouver des trains de nuit pour Delhi. Il est 22h donc quand je pose les pieds dans la gare surblindee de monde, las de la chaleur comme moi, avachis par centaine sur les quais, dans les halls, dormant parfois a meme le sol, ou machant mollement leur repas en regardant jouer leur rejetons. Moi je trimballais mon velo au milieu de ce sit in, pour tenter d'atteindre les guichets. Encore une fois oblige d'apprendre a mes voisins a faire la queue. On me fait comprendre au guichet que je dois deposer mon velo dans un endroit special et que je le retrouverai a l'arrivee.
Quand on voit le bordel que sont les gares indiennes, la perspective de leur confier quelque chose de valeur (sentimentale au moins) est vraiment inquietante... Mais qu'importe, soyons patients, c'est un comportement dont on percoit toute la necessite et l'astreinte dans ce pays...
Je finis donc par trouver un sombre bureau poussiereux mais ventile, ou l'on daigne a peine s'attarder sur ceux qui ne connaissent pas "la procedure", et encore moins s'il faut parler anglais. On me demande l'immatriculation de mon velo (?) traduction : il faut prendre une boite de conserve vide, l'ouvrir en son flanc pour en faire une petite plaque a fixer sur son velo pour le voyage. Je vous passe le remplissage des formulaires, et la pagaille impatiente qui regne dans le bureau comme dans tous les autres a la lumiere de l'ampoule. Je dis au revoir a mon velo, apres m'etre acquitte de la taxe. Il est 23h, mon train part a 23h30.
3h du matin, le train est enfin annonce ! malgre mon billet 3eme classe, je trouve une couchette vide en seconde, ou je m'installe aussitot, moyennant une petite surtaxe, le controleur se montrera bienveillant a mon egard (surtaxe se dit en Hindi bakchich).
20h plus tard nous atteignons enfin Delhi, en temps et en heure pour recevoir mes parents. En revanche, pas de nouvelles de mon velo. Contraint de partir ensuite de Delhi comme nous l'avions prevu avec mes parents, je crains le pire pendant mon sejour mais c'est avec soulagement que je l'ai retrouve hier, juste un peu plus poussiereux, dans les entrepots de la gare de New Delhi.













































































































































